• L'Ironie du sort

     

     

     

    Je vous disais dans cet article que mes collègues de travail étaient on ne peut plus fertiles. Faut croire que je suis la seule ici dont l'utérus est récalcitrant. Pas facile de voir défiler les gros ventres et les futurs papas aux anges dans les couloirs alors que ton bébé à toi se fait attendre. Mais bon soit, la vie est une connasse c'est comme ça et p'is c'est tout!

    Le fait est que les deux dernières collègues en cloque ont organisé le jeu de la "boite à prénoms".

    Vous connaissez sans doute le concept. Tous les collègues du bureau (amis, famille aussi mais dans le cas présent on s'en fout) glissent dans la fameuse boite un morceau de papier en y ayant indiqué préalablement un prénom. Si, parmi les 985.324.951 prénoms existants sur Terre, quelqu'un a trouvé LE prénom de la future crevette du futur parent collègue, il est récompensé par une bouteille de champagne.

    Bref, le style de jeu auquel on meeeeeuuuuuuuurt d'envie de participer quand on est infertile. 

    Bah, pas grave, comme d'habitude, on fait semblant de rien et on participe.

    La crevette de la collègue n°1 est né il y a 3 semaines. La crevette du collègue n°2 est né il y a 2 jours. Les prénoms, et les gagnants ont donc pu enfin être divulgués.

     

    Vous l'aurez compris.

    Ce soir, je me saoule non pas avec une bouteille, mais avec deux putains de bouteilles de champ'.

     

    Je sais pas faire les bébés, mais au moins, j'ai le feeling pour les nommer.

    A bon entendeur!

     

     

     


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  • Le C15 et ses bonnes résolutions

     

     

    J'ai survécu à la brutale chute hormonale de C14. A sa migraine insupportable. A ses larmes intarissables. A cette réalité qui ne change pas : Jean-Félix ne s'est pas installé. 

    Mister S est formel : les inséminations ne me donnent aucune chance supplémentaire étant donné que nos résultats d'examens, à chéri comme à moi, sont excellents. Il est donc temps d'arrêter les inséminations. IAC 1 était pour tenter quelque chose. IAC 2 pour me faire plaisir. Mais il n'y aura pas d'IAC 3.

    "Revoyons-nous en septembre pour envisager un autre traitement". Comprenez FIV, bien entendu. C15 et C16 rimeront donc avec pause de la PMA et câlins spontanés.

    La lassitude de l'échec et la perspective de cette FIV m'ont amené à me réveiller ce matin avec de nouvelles résolutions pour aborder l'été et ses deux cycles "naturels".

    J'en ai par dessus la tête d'espérer et d'attendre en vain. J'en ai par dessus la tête d'observer mon corps sous toutes les coutures en DPO. J'en ai par dessus la tête de condenser un maximum de câlins avec chéri quand mon follicule me crie qu'il est prêt à exploser. J'en ai par dessus la tête de mettre toutes nos chances de notre côté et de devoir faire face à l'échec tous les mois. J'en ai par dessus la tête de faire de mes essais bébé un combat quotidien.

    Je n'en peux plus. Ma tête va exploser un jour ou l'autre si je ne mets pas fin à ce qui est devenu pour moi un vrai calvaire.

    La création de Jean-Félix est devenu une souffrance et une obsession. Un échec lancinant.

    J'ai décidé de dire STOP. 

    J'ai décidé de vivre pour quelqu'un d'autre que pour lui. De vivre pour moi.

    Du moins jusqu'à mon prochain rdv avec Mister S.

    C15 et C16 ne rimeront pas avec PMA. C15 et C16 rimeront avec vacances, détente, chaleur, amis et mojitos.

    Enviedefraises ne sera plus la fille en essai bébé pendant l'été. Elle sera la fille insouciante et heureuse qu'elle était bien avant tout cela. Elle se fera belle à nouveau, et pas uniquement pour que son chéri lui fasse un bébé quand c'est le bon moment. Elle ré-invitera ses amis. Elle acceptera les invitations. Elle profitera de la présence de ses belle-filles la moitié du temps et ne vivra pas ça comme un rappel quotidien de son propre échec à enfanter. Elle fumera des cigarettes si l'envie lui en dit. Elle laissera chéri flotter des heures durant dans des bains bouillants et ne vérifiera pas qu'il ai bien avalé ses vitamines. Elle le laissera vivre, lui aussi. Elle n'attendra rien. Elle n’espérera rien. Elle vivra. Tout simplement.

     

    Voilà les bonnes résolutions de l'été.

    Vous allez très probablement me dire que les bonnes résolutions ne sont jamais suivies. Peut-être. Mais je vais essayer. Et ça, c'est déjà pas mal.

     

     

     

     


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    12 DPO et le sang coule déjà.

    Fin du combat.


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  • Une journée en DPO

     

    Ton réveil sonne. Tu ouvres les yeux. Tu es à 6 DPO.

    Tu refais mentalement le calcul des jours passés depuis l'IAC. Juste pour être sûre. Même si en fait tu l'étais déja.

    Tu penses que ton ovule a peut-être été fécondé. Espoir.

    Tu te décides enfin à te lèver pour aller bosser. Parce qu'il le faut. Tu serais bien restée au lit.

    Tu passes 45 minutes dans les bouchons. Tu croises en chemin 3 poussettes et 2 maxi-cosi. Tu fais semblant de ne pas les avoir vus.

    Tu arrives (enfin) au bureau. Tu t'installes. Ton premier rendez-vous est dans 10 minutes. Une demande de congé parental. Evidemment.

    Tu accueilles bon gré mal gré chaleureusement la femme enceinte. Elle te semble rayonnante. Tu l'aides à remplir la paperasse. Tu lui souhaites bonne chance pour la suite. Tu l'accompagnes à la sortie et lui tiens la porte, en priant très fort pour que ton ventre soit aussi rond que le sien lorsque tu la reverras.

    Tu sens tes seins qui picotent. Espoir.

    Tu recomptes les jours depuis l'insémination. Toujours 6. Ça n'a pas changé. Bien entendu.

    Tu discutes de tout et de rien avec ta collègue. Tu n'as plus pensé "grossesse", "bébé" et "fécondation" depuis 10 minutes. Tu le réalises. Et tu te félicites intérieurement pour ces progrès. 

    Tes seins ne picotent plus. Désespoir.

    Tu t'attaques à la tonne de boulot qui t'attend. Ca t'aide (un peu) à ne pas penser.

    Tu acceptes d'accompagner 3 collègues au parc pendant ta pause déjeuner. Tu te dis que ça va te changer les idées. Tu n'as pas entamé ton sandwich que tu réalises que la femme assise sur le banc d'en face arbore un ventre rond. Ce ne sera pas pour cette fois.

    Tu vas au toilette pour vérifier le fond de ta culotte, et accessoirement faire pipi. Rien. Désespoir.

    Tu te ré attaques à la tonne de boulot. C'est décidé, tu n'y penseras plus.

    Ton téléphone sonne. C'est Mister S qui veut fixer rdv pour la prise de sang taux Hcg à 12 DPO. Raté, tu y repenses. Tu refuses poliment, comme d'habitude. Tu préfères attendre tes règles.

    Tu grimaces à la sensation d'une crampe pelvienne. Espoir.

    Tu googelise les mots-clés "crampes+ventre+6DPO". Tu retombes sur les discussions et les articles que tu as déja lu 50 fois auparavant. Tu t'en veux d'être retombée dans le piège. Tu maudis ta faiblesse d'esprit. 

    Tu termines ta journée de boulot à 18h00. Tu reprends ta voiture. Tu refais les 45 minutes de bouchon dans le sens inverse.

    Tu arrives chez toi. Tu embrasses chéri. Tu embrasses ses 2 enfants.

    Tu prépares leurs boites à tartines pour le lendemain. Tu les aides à faire leur devoir.  Tu leur souhaites une bonne nuit. Tu les embrasses.Tu t'occupes d'enfants qui ne sont pas les tiens.

    Tu penses que tu vas rester belle-mère toute ta vie. Tu envoies cette pensée déprimante au loin. Tu veux ton enfant.

    Tu passes la soirée dans les bras de chéri, à regarder une émission ridicule mais qui a le mérite de t'arracher un demi sourire..

    Tu vas te coucher, bien décidée à éviter les insomnies cette fois.

    Encore raté. Tu te retournes dans ton lit, encore et encore. Tu t'imagines dans 9 mois, avec ton nourrisson dans les bras. Tu chasses ce trop beau rêve de ton esprit. Tu repenses aux 20 millions de spermatozoïdes inséminés il y à 6 jours dans ton utérus. Tu y crois. Puis tu n'y crois plus.

    Tu finis par sombrer dans le sommeil, peuplés de rêves d'angoisse, de déception, et parfois de belles surprises.

    Tu as encore une semaine à tenir avant de pouvoir t'écrouler.

    Mais avant, il va falloir encore survivre 8 jours en DPO.

     

     

     

     


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  • C'est quand mon tour ?

     

     

    Oui vous rêvez. Non ce n'est pas à moi que ces félicitations s'adressent. Evidemment.

    C'est la troisième naissance au sein de la mini PME dans laquelle je bosse. 3 naissances en moins de 4 mois. Sur 12 employés. Vous y croyez vous? Moi j'y suis bien obligée.

    Parce que quand ta collègue traverse le couloir, entre en trombe dans ton bureau pour te balancer "On a pensé réunir une petite cagnotte pour X et la naissance de son bébé. Tu participes?", toi t'as juste envie de lui crier "J'ai plus une tune parce que je dépense toutes mes économies pour combattre mon infertilité, et toi tu veux que je débourse 25€ pour célébrer la naissance d'une crevette toute fraîche dont je ne verrai jamais la bouille?? T'es pas timbrée?"

    Bien sûr, tu es civilisée. Et, bien sûr, elle n'est pas au courant que toi tu te fais piquer les veines tous les 3 jours pour toi aussi pouvoir donner naissance à une crevette fraîche. Alors, au lieu de l'envoyer se faire voir, elle et ses bonnes intentions, tu réponds, tout sourire : "Evidemment que je participe! C'est une merveilleuse idée! Tu veux du cash ou un virement suffira?"

    Intérieurement, tu fais tes comptes, et tu te demandes déjà comment tu vas faire pour payer tes échos endo  du mois prochain.

    Intérieurement, tu jalouses ces femmes pour qui avoir un bébé n'est pas devenu un combat quotidien.

    Intérieurement, tu pleures en silence cette nouvelle naissance qui te te rappelle que la cigogne a perdu ton adresse, mais pas celle des autres.

    Mais au-dehors, tu restes forte et intouchable. Tu souris, tu félicites, tu te penches sur le berceau d'un bébé qui n'est pas le tien en ravalant tes larmes.

    Ce n'est qu'une fois rentrée chez toi, quand tu seras seule face à ton ventre vide, que tu les laisseras enfin s'échapper.

     


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