• La belle-mère infertile

    La belle-mère infertile

     

    Je l'ai évoqué à quelques reprises sur ce blog, mais j'ai la chance (ne voyez aucune ironie dans ce mot - ou alors juste un peu) de partager ma vie (et ma salle de bain/mon maquillage/mon frigo/ma machine à laver/et j'en passe) avec 2 adorables petites filles (qui, au cas où vous n'aurez rien suivi, ne sont pas les miennes, mais celles de Monsieur chéri).

    Cela fait donc plus de 2 ans maintenant que j'ai acquis le statut de belle-mère (Dieu que je hais ce terme).

    Devenir belle-mère à 26 ans, avant d'être soi-même maman, je peux vous affirmer que ce n'est pas aussi facile que ça en a l'air (d'ailleurs, après réflexion, ça n'en a pas l'air, et ce n'est pas pour rien).

    Tu tombes amoureuse d'un homme. Sur papier, il est parfait : beau, charmant, intelligent, riche (ah non tout compte fait). Bref, tu te vois aisément passer le restant de tes jours à ses côtés. C'était sans compter les 2 graines qu'il a semé dans un utérus qui n'est pas le tien quelques années avant de te rencontrer.

    Parce que oui, que tu le veuilles ou non (et même si tu pries très très fort), l'homme qui te fait rêver n'est pas solo, mais trio. Il faut prendre le package, ou alors rien du tout.

    Tu vis donc ta vie d'amoureuse transie en tête à tête avec l'homme de ta vie une semaine sur deux. Et l'autre semaine, bah, tu tentes de survivre.

    Après des hauts et (moultes) bas, tu finis par accepter la présence quotidienne de ces 2 coquines princesses, et même à l'apprécier. 

    Tu prends plaisir à leur peindre les ongles de pieds avec ton vernis Dior à 28€.

    Tu veilles à remplir tes armoires d'Haribo et autres crasses dont tu elles raffolent.

    Tu ressens des papillons dans ta poitrine quand elles te présentent fièrement à leurs copines à la sortie de l'école ("elle c'est ma belle-mère, elle est jolie hein?" - la vérité sort toujours de la bouche des enfants c'est bien connu).

    Tu ne ressens plus la pointe de jalousie qui te titillait quand les mains/genoux/bras/épaules de ton chéri te sont inaccessibles pour cause de relation fusionnelle gluante entre père/filles.  

    Bref, avec le temps, on s'habitue les une aux autres, on s'accepte, on se respecte, et même on s'estime. Je n'irais pas jusqu'à dire que le trio est devenu quatuor, mais il m'arrive de regretter leur présence quand elles sont passées du côté obscur de la force chez leur mère.

    Alors que tu es enfin parvenue à trouver un semblant d'équilibre et de petits bonheurs dans cette nouvelle vie de famille recomposée, tu te décides à l'agrandir, et à passer du statut unique de "belle-mère" au statut double de "belle-mère ET mère".

    Mais quand ce beau projet, qui va enfin te permettre d'avoir la première place dans le cœur d'un enfant - le tien, devient une incertitude, quand tu crains que le mot "mère" ne puisse jamais s'adresser à toi autrement que précédé d'un adjectif qualificatif féminin singulier, alors, à ce moment-là, le semblant d'équilibre auquel tu avais mis tant de temps à parvenir, redevient bancal.

    Parce qu'être une femme infertile, c'est une injustice.

    Mais être une belle-mère infertile, c'est une injustice qui te revient à la gueule une semaine sur deux.

    C'est voir dans les yeux de ces enfants ta propre incapacité à porter la vie.

    C'est un rappel constant qu'avec une autre, il a réussi (2 fois), mais qu'avec toi, ça ne fonctionne pas (même 1 fois).

    C'est se demander si tu vas pouvoir supporter toute ta vie de voir les gènes de ton mari (et de son ex fertile) se disputer dans ton canapé pour choper la télécommande sans que tes gènes à toi puissent participer au combat.

    C'est se demander si tu vas pouvoir continuer à accepter et apprécier leur présence si tu n'arrives pas à leur donner un petit frère ou une petite sœur.

    C'est une profonde remise en question.

    Et c'est douloureux.

    Mais en femme pas maman/pas fertile/mais wonderwomen, tu continues à faire mine de rien quand tu les vois débarquer en trombe dans ta petite vie bien rangée le mercredi soir.

    Et quand elles te demandent, la bouche en coeur et les yeux pétillants d'espoir, si un jour, comme leur maman, tu auras un gros ventre avec un bébé dedans, tu leur réponds (le sourire aux lèvres et le coeur bousillé) :

    " Un jour, peut-être".

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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  • Commentaires

    1
    Misscolibri
    Lundi 27 Juillet 2015 à 13:54

    Bonjour,

     

    Quel joli billet...triste et plein d'espoir à la fois...j'espère que bientôt tu auras droit aux vergetures, aux nausées, à la fatigue pour enfin serrer dans tes bras, le mélange de vous deux, trait d'union entre gênes tous mélangés de cette jolie famille recomposée.

    Bon courage.

     

    Misscolibri

    2
    Lundi 27 Juillet 2015 à 16:14

    Merci pour ton commentaire et tes encouragements. Je ne perds pas espoir (du moins j'essaie). Et je rêve d'avoir des vergetures :-)

    3
    LC
    Lundi 27 Juillet 2015 à 19:16

    Très bel article, très bien écrit. Je ne suis pas dans ta situation mais ça y sensibilise clairement, ça ne doit pas être simple tous les jours...

    4
    Mardi 28 Juillet 2015 à 10:18

    Ca ne l'est pas en effet. Mais elles n'y sont pour rien ces 2 princesses. Alors on continue..

    5
    L'aurore
    Mercredi 7 Mars 2018 à 14:56

    Ce post date et finalement tu as réussi... Je suis très heureuse pour toi.

    Je suis une jeune "belle-mère" de 26 ans, et après 3 ans de relation avec mon compagnon, à vivre 1 semaine sur 2 avec devant mes yeux le fruit de son ancien amour, mon ventre rongé par ce désir surpuissant de porter la vie, nous avons décidé il y a quelques mois de mettre en route notre propre fruit... Quel bonheur pour un couple d'en arriver là !

    Oui mais voilà, alors que je suis allée faire, en bonne élève, un rdv préconceptionnel chez ma gynéco, je tombe des nues lorsqu'on m'annonce après un rapide examen que pour moi ce ne sera pas facile de devenir maman, et même que sans la médecine ce sera sans doute impossible. J'ai un souci aux ovaires, et je n'ovule pas ou mal... Donc exit mon rêve de devenir maman facilement, "normalement"...

    Être belle-mère est déjà je trouve un combat, car il faut sans cesse vivre avec des sentiments d'illégitimité, de solitude et même de culpabilité. Créer cet équilibre dont tu parles si bien et l'entretenir en essayant de ne pas se perdre soi et son couple en chemin... Mais cela devient doublement compliqué quand tu sais que tes entrailles sont inaptes à créer la vie. Je suis entièrement d'accord avec le sentiment d'injustice que l'on ressent...

    Je suis de mon côté encore sous le choc de la nouvelle (quelques mois seulement) et dans l'attente du passage à l'action. En effet, je ne suis qu'au tout début de mon parcours étant donné que mon infertilité a été décelée en tout début des essais (C1). Aujourd'hui, mon gynéco souhaite me faire attendre quand même quelques mois avant de lancer la machine médicale, "au cas où" un miracle ait lieu. Je suis dépitée, le coeur vraiment triste à certains moments et je me sens parfois très seule... Personne autour de moi n'a traversé qqch de similaire, et seul mon compagnon est présent. C'est fondamental je suis d'accord mais au fond, que peut-il bien y faire lui chez qui tout va bien et qui est parvenu à faire un bébé facilement à une "fertile" ?

    Alors MERCI du fond du coeur pour ton article, merci pour ton blog, que j'avais déjà parcouru auparavant... Je ne suis qu'au début de l'ascension et la route sera sans doute longue mais j'espère qu'elle ne sera pas sans fin. Des textes comme celui-ci sont réconfortants, même s'ils ne changent rien bien sûr, car je crois que le plus dur dans des moments et des crises pareils, c'est de garder un coeur généreux, envers soi et envers ceux qui nous entourent...

    MERCI.

      • Jeudi 8 Mars 2018 à 08:38

        Bonjour l'Aurore,

        Merci pour ce partage, qui me touche particulièrement. Je ne peux que comprendre cette frustration et ce sentiment d'injustice qui est encore exacerbé par le fait que tu vis une semaine sur deux avec des enfants qui ne sont pas les tiens.

        Je te souhaite beaucoup de courage dans ce combat (car oui, ça l'est réellement). L'essentiel est vraiment d'être soutenue à 100% par ton compagnon. Je sais à quel point c'est difficile, mais mon conseil est d'essayer dans la mesure du possible de continuer à profiter de la situation actuelle, de tes beaux-enfants et de ton mari. De prendre les choses étape par étape. D'y croire toujours. La PMA n'est certes pas ce dont on rêve quand on veut un enfant. Mais bientôt tu la remercieras! N'hésite pas à me tenir au courant de l'avancement des choses :)

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